Interview de Christophe Lefel

Christophe Lefel : « Le centre de formation de l’Arago a des résultats remarquables »

Christophe Lefel, l’actuel responsable du centre de formation de l’Arago est une référence dans le domaine de la formation. Celui qui a contribué à former des joueurs de classe internationale comme Pierre Pujol et Earvin NGapeth nous parle de son parcours, des qualités demandées aux jeunes qui veulent intégrer le centre de formation et de l’actuelle génération des joueurs en formation au sein de l’Arago de Sète.

Bonjour Christophe, peux-tu nous présenter ton parcours dans le volley ?

J’ai commencé le volley à 13 ans à Limoges, même si je suis allé voir tous les matchs du CSP Limoges (rires), j’ai fait du volley grâce à un prof d’EPS qui était l’ancien entraîneur de l’équipe de France féminine. Ensuite, je suis parti au centre de formation de Bordeaux et au pôle de Bordeaux entraîné à l’époque par Stéphane Faure et Marc Francastel, l’actuel entraîneur du CNVB. Puis, j’ai joué comme professionnel en Ligue B à Bordeaux mais il m’a fallu faire un choix entre entraîneur et joueur pour des questions de disponibilités. J’ai fait le choix d’entraîner et me suis mis à coacher les équipes de jeunes du club de Bordeaux.

Quelles ont été tes expériences de formateur avant l’Arago ?

J’ai passé 10 ans à Bordeaux comme entraîneur de benjamin jusqu’au centre de formation. J’ai eu en benjamin des garçons comme Pierre Pujol ou Vincent Duhagon, qui ont ensuite fait le parcours professionnel que l’on connaît.

Ensuite j’ai suivi Marc Francastel à Poitiers quand Bordeaux a déposé le bilan. Je suis intervenu avec lui sur le centre de formation où l’on a construit toute la filière jeunes et le centre de formation qui a très bien marché puisque l’on a eu deux équipes représentées en centre de formation, ce qui était quelque chose d’unique tous sports collectifs confondus en France !

Comment s’est faite ton arrivée au club ?

Je suis arrivé à l’Arago en 2011 suite aux difficultés du club de Poitiers. L’Arago venait d’avoir l’agrément ministériel pour créer un centre de formation et c’est Gérard Castan qui m’a contacté pour venir ici car il cherchait un profil expérimenté. J’avais plusieurs propositions de gros clubs, mais c’est celle de Sète qui a eu ma préférence. A partir de là, on a travaillé pour avoir un centre de formation fort à l’Arago de Sète.
Peux-tu parler de ses résultats, qui sont remarquables pour ne pas dire exceptionnels ?

Nous en sommes à la troisième génération, car cela fait 8 ans que le centre est mis en place et l’on commence à avoir du recul. On a remporté trois titres de champion de France junior en quatre ans de compétition, ce qui constitue un record, titres auxquels l’on peut ajouter celui de champion de France de N2 remporté au mois de mai dernier.

Donc de nombreux titres nationaux.

Oui, ce sont les résultats collectifs et d’équipe, mais le but du centre de formation, c’est la formation individuelle du joueur pour l’amener à faire une grande carrière dans le volley. C’est là que mon regard se porte le plus, sur cette dimension de développement individuel. Les joueurs que nous avons font de gros sacrifices, viennent souvent de très loin pour intégrer notre centre de formation, sont retenus à l’issue d’une grosse sélection et travaillent dur. L’objectif est donc de leur permettre à devenir volleyeur professionnel à l’issue de celui-ci, si possible à l’Arago.

Par rapport à cet objectif, les derniers résultats sont également excellents.

Effectivement, puisque nous en avons déjà 5 qui évoluent actuellement avec le groupe pro de l’Arago. Sur les 8 derniers joueurs conventionnés, tous sont devenus professionnels puisque outre ceux qui ont signé à l’Arago, 3 ont signé professionnel en Ligue B. Donc 8 sur 8, c’est excellent et constitue le vrai résultat sportif selon moi.

Quels sont les critères pour intégrer le centre de formation de l’Arago ?

Ce sont d’abord des critères physiques et techniques qui sont fondamentaux par rapports aux exigences de notre activité. Même si chaque profil est différent, nous avons besoin de joueurs plutôt longilignes assez grands selon les postes avec des qualités techniques, car comme l’on est sur des 18 – 23 ans, il faut déjà qu’il y ait une base technique pour permettre au jeune de s’améliorer. Enfin ce sont des critères psychologiques indéniables.

On a besoin de joueurs qui aient un esprit d’équipe, une motivation, qui soient capables de jouer avec le sacrifice, quand on est en centre de formation, l’on a moins le droit de sortir qu’un autre jeune de son âge. Ils n’ont pas la possibilité de s’éparpiller car ils sont en état de fatigue régulièrement. L’an passé, ils ont joué 66 rencontres, ce qui s’apparente quasiment à une saison de NBA !

Enfin, l’on recrute des garçons qui possèdent un bon langage corporel. Un candidat qui a « le melon » comme on dit, je m’en aperçois en général dans les 10 minutes qui suivent sa descente du train et il a toutes les chances de faire demi-tour.

En plus du talent, il faut donc une éthique de travail.

Oui, il faut être humble, patient, avoir envie de travailler, car il n’y a que le travail qui paye.

Regarde, Earvin NGapeth que j’ai eu à Poitiers, il était naturellement talentueux, mais il faut savoir que derrière, il y a eu énormément de travail et l’état d’esprit qui allait avec. C’est cet état d’esprit que l’on demande, il faut être suffisamment motivé pour travailler dur au quotidien et quand je dis au quotidien, c’est vraiment tous les jours ; même les phases de repos doivent être appréhendées comme du travail, pour optimiser l’entraînement. J’insiste, mais l’état d’esprit est fondamental pour bien vivre cette formation pleine de contraintes.

Tu évoquais Earvin NGapeth, quels sont les joueurs les plus connus que tu as formé ?

Earvin NGapeth donc, je peux citer également Vincent Duhagon, Pierre Pujol, Christophe Songolo ou Gérald Hardy-Dessource. Parmi les plus récents, l’on peut parler du sétois Gauthier Bonnefoy, Vianney Vandooren, Maxime Hervoir ou Julien Prigent. Les derniers noms que je viens de te citer sont tous en passe de devenir titulaires dans une équipe pro, ce qui constitue une belle réussite pour des garçons qui ne sont pas passés par des structures fédérales ou les équipes de France jeunes. Ici à l’Arago, nous sommes parvenus à les amener au bout du projet et les faire toucher à leur rêve, à savoir devenir volleyeurs professionnels.

Sur les joueurs qui font actuellement partie du groupe pro, est-ce qu’il y en a qui ont le potentiel pour devenir des titulaires à l’Arago ces prochaines années ?

Les 5 qui font actuellement partie du groupe pro ont entièrement le potentiel pour devenir des titulaires au club ces prochaines années. Ils ont fait ce qu’il faut pour y arriver, ils ont le physique, le mental, la technique.

Par exemple, Samuel Jeanlys et Baptiste Enfoux sont des joueurs qui sont à plus de 2 mètres et qui sautent. Maintenant, ce qu’on leur demande, c’est de la régularité dans ce qu’ils font et de l’efficacité. Ils sont à quelques mois de l’atteindre.

Ce qui fait la différence entre un joueur de 30 ans titulaire et eux c’est l’expérience. Le joueur de 30 ans, il a joué des centaines de matchs où il a eu la pression. Eux, ils doivent arriver à tenir toute une saison, et à ne jamais descendre en dessous d’un certain niveau de performance. Il leur reste les dernières marches à gravir, mais ils ont tout à fait le potentiel pour y parvenir.

Propos recueillis par Yannick Mazel